À l’intérieur de l’arbre

Projet 2018-2019
Un dialogue entre l’art et la biologie
Projet en cours sélectionné dans le cadre de l’appel à projet Coup de pouce 2018 de La Diagonale Paris-Saclay.

Sans titre-180 x 80_planche 2 à l'intérieur de l'arbre_BDÀ l’intérieur de l’arbre en collaboration avec Claire Damesin, écophysiologiste végétale qui travaille sur le fonctionnement des arbres dans leur milieu naturel –, est une plongée dans l’intimité cellulaire des arbres. Il s’agit d’établir un dialogue interdisciplinaire entre le sensible, l’imaginaire et les connaissances scientifiques biologiques, afin de donner à entrevoir les manifestations d’un monde intime caché au sein du microcosme de l’arbre. Dans cette démarche, l’imaginaire traduit par le dessin est « provoqué » par des observations microscopiques nouvelles et variées relatives aux tissus internes du tronc de plusieurs espèces d’arbres. Ces images de microscopie sont adossées aux questionnements scientifiques actuels sur le fonctionnement des tissus et cellules présents à l’intérieur de l’arbre. L’apport du dessin dans ce projet réside notamment dans la recherche et le dévoilement de paréidolies « cachées ». La paréidolie (du grec ancien para, « à côté de », et eidôlon, diminutif d’eidos, « apparence, forme ») est comme une illusion d’optique : à partir d’un visuel informe et ambigu, un élément clair est identifié, une forme est « reconnue », souvent humaine ou animale. Par l’imaginaire, le dessin cherche à révéler des formes « cachées » au sein de l’infiniment petit, au-delà de ce que l’on voit avec les yeux et de ce que l’on aperçoit via le microscope. L’imaginaire est donc en ce sens un prolongement de la vision. Il est ici mis au contact des connaissances écophysiologiques déjà acquises afin de mêler interprétation écologique et approche sensible du vivant. Avec le projet À l’intérieur de l’arbre, nous nous demanderons aussi de quelle façon le savoir scientifique va conditionner l’imaginaire dans le décryptage des images de microscopie et/ou paréidolies dévoilées. Et inversement, celles-ci ne vont-elles pas faire des clins d’œil aux scientifiques pour leur suggérer de nouvelles idées ou orientations ? Via le projet À l’intérieur de l’arbre, l’objectif est aussi de donner à « percevoir » au grand public la diversité de formes des cellules ainsi que leur plasticité en lien avec les conditions du milieu. Il s’agira de donner à capter le temps qui passe au cœur de la vie de l’arbre, cette dernière étant « enregistrée » dans les cernes. Ainsi, le décryptage des images de microscopie grâce au dessin cherche à rendre perceptible le temps lent de la croissance de l’arbre. Le dessin, fixe et animé, sur et hors papier, apparaît comme un outil tant de l’imagination que des connaissances écophysiologiques déjà acquises. Le dialogue entre l’imaginaire, les connaissances scientifiques et les images de microscopies cherche ici à mettre l’accent sur la diversité des structures et formes cellulaires, leur relation à l’environnement extérieur et au temps qui passe. Le dessin tente de traduire en ce sens les rapports intrinsèques entre le climat extérieur et la vie invisible de l’arbre. Ce projet se veut donc une exploration ouverte, de recherches interdisciplinaires qui cherchent à aboutir à des œuvres permettant au grand public de découvrir la richesse cellulaire cachée sous l’écorce des arbres.

Le dessin, par son caractère sélectif des informations rétiniennes dévoilées par le microscope, permet en ce sens de rendre accessible et compréhensible ce monde microscopique complexe qui assure la verticalité, la solidité de l’arbre, sa croissance et son adaptabilité au fil des années, ainsi que la relation interne vitale entre les racines souterraines et le feuillage aérien.

Mais rendre compréhensible au grand public la vie invisible de l’arbre n’est pas le seul rôle du dessin. En effet, en toile de fond, le projet repose sur une question de recherche fondamentale autour de la relation ubiquitaire entre l’homme et la nature : comment le regard porté sur la nature par l’être humain peut-il l’aider à se révéler à lui-même ? Avec le projet À l’intérieur de l’arbre, cette question devient : qu’est-ce que l’arbre, dans sa structure et son fonctionnement microscopique, nous révèle sur nous-mêmes ? Plusieurs connaissances scientifiques, telles que la présence simultanée de cellules vivantes et mortes ou bien les effets du temps contrés par la croissance de tissus où le temps peut être repéré, apparaissent comme essentielles pour nourrir des analogies.

À l’échelle macroscopique, l’arbre est considéré dans de nombreuses traditions et religions comme le symbole du vivant reliant la Terre au Ciel et incitant ainsi, métaphoriquement, l’être humain à faire de même. Les structures à l’échelle microscopique (tissulaires et cellulaires) peuvent-elles également avoir un rôle de « miroir » pour une partie de notre propre fonctionnement ? Si, depuis les temps les plus anciens, les imaginaires tant artistiques que poétiques sont peuplés par la figure métaphorique de l’arbre, le dévoilement de l’imperceptible nous permet, au fond, de convoquer de nouvelles analogies inattendues entre l’arbre et l’être humain. Néanmoins, au-delà de leur « fonction artistique », la contribution de ces analogies en faveur de nouvelles orientations scientifiques autour du fonctionnement de l’arbre reste à démontrer. En tout cas, même si les analogies traduites ici par le dessin n’aboutissent à aucune orientation ou découverte scientifique concrète, elles nourrissent une réflexion transversale multipliant les regards autour de l’image de microscopie. Ainsi, afin d’élargir l’interdisciplinarité avec le projet À l’intérieur de l’arbre, la relation sensible entre l’être humain et la vie microscopique de l’arbre est étudiée également selon une approche mêlant psychologie et anthropologie. Grâce aux méthodologies développées en sciences humaines, il s’agira de mettre en place des enquêtes autour des paréidolies révélées par le dessin. En effet, de même que les paréidolies sont considérées en psychologie comme révélatrices de certaines structures mentales, de même nous nous demanderons si elles peuvent être, ici aussi, un terreau fertile d’études pour les sciences humaines. Ces travaux interdisciplinaires permettent d’explorer plus avant la question de fond portant sur la relation entre l’homme et la nature. Les images issues de l’imaginaire dans ce projet cherchent donc à remplir une fonction positive pour la science en provoquant des recherches inattendues…